Практикум по стилистике современного французского языка. Синицын В.В. - 101 стр.

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Pierre Merle. - Depuis, ça a tellement évolué qu'une classe de troisième aurait
beaucoup de mal à comprendre une page du “ Comte de Monte-Cristo ”.
N. O. - Quand тêте! Dumas!
Alain Rey. - Pierre Merle a raison. II ne faut pas se faire d'illusions, ils ne
comprennent plus tout. C'est embêtant, mais nous n'y pouvons rien. Les jeunes Italiens
peuvent encore lire Dante, alors qu'un texte contemporain de “ la Divine Comédie ” en
français, c'est du mandarin pour un lycéen d'aujourd'hui. Or Dumas écrivait au siècle
dernier. Et c'était un auteur populaire!
N. O. - II у a donc un risque réel de perdre l'intelligence du français “ officiel ”?
A. Rey. - Non. Ce serait un piège si le parler jeunes était un système fermé. II s'agit
plutôt d'un fait générationnel, qui n'est pas incompatible avec d'autres niveaux de
discours, lesquels reprendront le dessus une fois que les individus seront entrés dans la
vie active.
N. O. - Parler du langage des jeunes comme si c'était du tibétain, c'est donc
exagéré...
A. Rey. - Ça n'est évidemment pas une langue, mais un des usages de la langue. Et
de cet ensemble composite qui constitue le français se dégagent des normes. Une
norme pédagogique, qui est celle de l'école. Une norme officielle et archaïque, qui est
celle de l'Académie. Mais il existe d'autres normes, plus ouvertes, comme celle des
médias. Le “Robert” est de ce côté-là. Notre approche de la langue est normée, mais
pas normative.
N. O. - Donc, vous avez intégré le mot “ keuf ”?
A. Rey. - Pas donc, mais, oui, nous avons intégré “ keuf ”, comme d'autres
expressions du langage familier, qui ne relèvent pas forcément du langage des jeunes.
Je pense, par exemple, à “у a pas photo”, qui vient du monde des courses. Et, à ma
connaissance, les turfistes ne sont pas des banlieusards de 14 ans. Et il convient
d'écouter aussi les jeunes ruraux, très marqués par les influences du français régional.
Ça, on n'en parle pas.