Практикум по стилистике современного французского языка. Синицын В.В. - 102 стр.

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N. O. - D'où vient, alors, que le langage des banlieues connaisse une telle vogue?
P. Merle. - Je crois que s'intéresser au langage des jeunes est un fantasme d'adulte.
La société compte de plus en plus de “vieux jeunes” qui courent derrière les “jeunes
jeunes”. Or ce sont les ados des banlieues qui, aujourd'hui, représentent le modèle le
plus emblématique de la jeunesse.
A. Rey. - C'est vrai qu'on a survalorisé ce langage moins pour des raisons de
trouvailles esthétiques que pour des raisons fantasmatiques. On veut s'identifier à ce
milieu parce qu'il incarne une certaine évolution de la France marquée par le métissage,
ou parce qu'on est anti-flics, etc. Cela dit, en dépit de ces excès, grâce aux ados des
cités, les Français, si souvent fascinés par l'anglais, ont découvert les ressources de leur
propre langue.
P. Merle. - Que les jeunes cherchent à se démarquer par le langage, ce n'est pas
nouveau. La grande différence, c'est que leurs inventions sont immédiate- ment
aspirées par les médias et la pub. Ce qui rend le phénomène à la fois intéressant et
pathétique. A peine les jeunes ont-ils trouvé quelque chose qu'ils doivent déjà chercher
ailleurs.
Henriette Walter. - Au point qu'ils finissent parfois par retomber sur un français
“normal”! Voyez “femme” qui devient “meuf ”, et après une nouvelle inversion
“feumeu”. En gros, on est revenu après beaucoup d'efforts à “femme”! Parfois, on
glisse même dans le français énarque: “arabe” a donné “beur” en verlan et “rebeu” en
verlan de verlan. Et maintenant, certains disent “seconde G ” (“seconde génération ”)!
N. O. - Le verlan reste toutefois le moule principal?
P. Merle. - C'en est même décevant. Le verlan, dont on trouve les premières traces
à la fin du XVI
e
siècle, est revenu en force à partir de 1975. Je pensais que ça amuserait
les jeunes pendant deux ou trois ans, guère plus. Mais non! Le problème, c'est qu'aucun
code nouveau n'est venu le remplacer. Comme s'il у avait maintenant une panne
d'imagination après des années de créativité.
N. O. - Arrive-t-on à pister un mot? Ou à imaginer sa fortune?